Point de vue d’expert Transport sur l’indice EcoVadis 2019 avec Nicolas Meilhan

November 12, 2019 Veronique Seel

 

Nicolas Meilhan

 

Nicolas Meilhan est Conseiller Scientifique pour France Stratégie et travaille sur les questions de transport et d’énergie. 

 

Ses principaux domaines d’expertise sont la voiture électrique, la mobilité du futur, l’énergie du futur ainsi que la raréfaction des ressources – énergie fossiles et métaux. Nicolas participe régulièrement aux réflexions de plusieurs think-tanks sur la transition énergétique.

 

L’ambition de l’indice EcoVadis est de suivre et comparer de plus en plus finement les progressions RSE des entreprises au niveau mondial pour accompagner et stimuler les dirigeants dans leurs décisions et leurs pratiques managériales.

Les entreprises du secteur Transport font l’objet d’une analyse spécifique. Sur l’année 2018, plus de 900 entreprises évaluées dont 700 PME font partie de l’échantillon. Les Grandes Entreprises et les PME/ETI du secteur du Transport font partie des secteurs les moins performants en matière de gestion de la RSE. Indice EcoVadis : description des entreprises du secteur transport : https://index.ecovadis.com/isic-categories#transport

 

En guise d’introduction, pourriez-vous nous donner un exemple de l’importance de la chaîne d’approvisionnement dans les secteurs du transport et de l’automobile ? 

 

Le véhicule électrique est un très bon exemple des enjeux liés à la chaîne d’approvisionnement : pour que la voiture électrique soit réellement une solution d’avenir pour la mobilité individuelle, il est urgent de réorienter le marché vers des voitures plus légères et de penser dès aujourd’hui à limiter les externalités environnementales liées à leur production.

 

Je rappelle par exemple dans la note d’analyse France Stratégie “comment faire enfin baisser les émissions de CO2 des voitures” que la fabrication de la batterie d’une voiture électrique consomme autant d’énergie que celle de la voiture elle même

 

Source : ICCT (2018), effets de la fabrication de batteries sur les émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie des véhicules électriques.

 

Si la voiture électrique n’émet pas de CO2 en “sortie de pot d’échappement”, son gain environnemental sera d’autant plus important que les émissions de CO2 liées à sa fabrication seront contenues et que l’électricité utilisée pour charger et recycler sa batterie sera décarbonée.

 

Par conséquent, le mix électrique du pays où est fabriquée puis utilisée la voiture électrique a un impact important sur le gain environnemental calculé sur le cycle de vie : ce gain sera élevé dans les pays à électricité fortement décarbonée comme la France mais limité dans les pays utilisant encore beaucoup de charbon comme l’Allemagne, la Pologne ou la Chine. 

 

Par ailleurs, le développement des voitures électriques équipées de batteries à forte capacité (50 kWh) pourrait compromettre à horizon 2025 la disponibilité de certains matériaux rares comme le cobalt. On risque de créer ainsi une dépendance forte de l’Europe vis à vis des pays qui contrôlent son approvisionnement : la République du Congo (50% de l’extraction mondiale) et la Chine qui contrôle déjà 80% du raffinage pour les applications de batteries.

 

Sans oublier, bien sûr, comme pour toutes les matières premières et matériaux de l’industrie en général, les questions d’éthique (esclavage moderne) et de risque réputationnel associé. Et les consommateurs font de plus en plus attention à ce qu’ils achètent et comment c’est fabriqué. 

 

Comme chaque année, EcoVadis vient de publier son Indice 2019 basé sur plus de 40 000 évaluations RSE d’entreprises dans le monde. Quelle est votre première lecture des résultats du secteur du Transport ?

 

Je ne connaissais pas EcoVadis, ces données sont donc une première pour moi. Être capable au travers des données de l’indice EcoVadis de remonter toute la chaîne de valeur est très intéressant. 

 

Globalement sur le secteur du transport, la tendance n’est pas bonne. Quand on regarde les résultats du secteur, la tendance est plutôt à la dégradation, à la fois sur les PME et sur les grandes entreprises. J’observe cependant que les PME du secteur du Transport performent mieux en relatif que les grandes entreprises (40.3/100 contre 38.8)

 

L’analyse sectorielle par thème d’évaluation est à mon sens la partie la plus intéressante des résultats de l’indice EcoVadis. 

 

Sur le secteur du Transport, quelle que soit la taille de l’entreprise, le score de la supply chain est très loin derrière les trois autres indicateurs, 33.8 contre 35.7 en moyenne mondiale pour les PME et 31.6 contre 34.7 pour les Grandes entreprises. 

 

La Supply chain est justement l’échelon critique de la transition énergétique. 

 

La France a depuis longtemps délocalisé ses approvisionnements. Sur l’automobile, l’exemple de fabrication de batteries pour nos véhicules électriques dans des pays comme la Pologne utilisant encore beaucoup de charbon est du même registre que l’exemple de la filière photovoltaïque française qui se résumait pour l’instant par l’installation de panneaux solaires chinois, produits dans des conditions de respect de notre environnement déplorables en Chine : on améliore un peu l’environnement en France tout en le dégradant fortement en Chine, ce qui ne fait aucun sens, la facture environnementale étant globalement négative pour la planète !

 

Afin de permettre non seulement l’épanouissement des populations locales mais aussi la préservation (après la réparation) de notre environnement, l’économie mondiale doit petit à petit faire marche arrière pour passer de la mondialisation excessive à la relocalisation partielle de l’activité, étant donné l’augmentation inexorable à moyen terme du coût du pétrole mais aussi la volonté des Etats de favoriser l’emploi local de leurs entreprises dans un contexte de chômage élevé.

 

En savoir plus : 

Rapport « Global CSR Risk and Performance Index 2019 » : téléchargez le rapport 2019 (en anglais).

Accès direct aux données sur EcoVadis Index Online, pour zoomer à volonté dans les résultats.

Les données France ont fait l’objet d’un rapport en français en 2018, à consulter au préalable pour tout savoir sur la méthodologie. 

 

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