Banque & RSE : une décennie de conduite de changement vue de l’intérieur

February 3, 2020 Veronique Seel

 

“Avec le recul, la difficulté principale sur ces 10 ans a été de déployer une stratégie RSE dans 72 pays, au sein d’entités ayant des priorités et des enjeux parfois contradictoires. C’est là où l’alignement sur les Objectifs de Développement Durable se révèle puissant de par son universalité”

Portrait de Laurence Pessez, Directrice RSE du Groupe BNP Paribas

 

 

Avec la récente signature des Principes pour la Banque Responsable (Principles for Responsible Banking) du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP FI) à l’ONU, ou bien encore la publication d’une position visant à favoriser la conservation et l’exploitation durable de l’océan, 2019 restera sans conteste une année productive pour l’ensemble de l’équipe RSE du Groupe BNP Paribas et tout particulièrement sa Directrice RSE, Laurence Pessez, depuis 10 ans à ce poste.

 

1/ Comment devient-on pilote de la RSE au sein d’une entreprise du CAC 40, quel est votre rôle au quotidien ?

J’ai dès le début de ma carrière privilégié les domaines à impact positif sur la société, que ce soit au sein des Hôpitaux de Paris, du groupe La Poste puis dans le secteur de l’assurance. Forte de cette volonté, j’ai contribué à créer la Direction RSE chez BNP Paribas, en en prenant la responsabilité en 2010.

J’ai la conviction que la RSE est un enjeu stratégique et une source d’opportunités, et j’œuvre au quotidien pour qu’elle soit appropriée à tous les niveaux de la Banque. 

Grâce aux efforts déployés par mes équipes, la RSE est devenue une priorité pour BNP Paribas, comme en témoigne la création de la direction de l’Engagement d’entreprise en 2017 ou à un autre niveau, les engagements récents de la Banque qui s’est fixé comme objectif de réduire à zéro son exposition au charbon thermique à horizon 2030 dans les pays de l’Union Européenne, et à horizon 2040 pour le reste du monde .

Ces initiatives contribuent directement  aux grands défis actuels repris dans les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations unies : éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous d’ici 2030. Grâce à notre position au sein de l’économie, nous avons la possibilité d’agir sur les 17 ODD. Ces enjeux majeurs qui concernent particulièrement les générations futures sont autant de challenges passionnants !  

 

2/ Quel est le dimensionnement de votre équipe RSE ?

Le pilotage des engagements RSE de la Banque est assuré par une fonction dédiée, rattachée à la Direction de l’Engagement d’entreprise, représentée au Comité Exécutif  du Groupe.

La Direction RSE est composée d’une équipe de près de 30 personnes, structurée autour de plusieurs pôles d’expertises : gestion des risques extra-financiers, financements à impact positifs, relations avec les parties prenantes RSE & promotion des droits de l’Homme, environnement & transition énergétique, microfinance & entrepreneuriat social et enfin, la communication ainsi que la gestion du fonds Urgence & Développement. 

Parallèlement, notre équipe s’appuie sur un réseau de professionnels RSE de 130 personnes environ, créé en 2012, qui œuvre dans les pôles, métiers, réseaux, fonctions et filiales afin de faciliter le déploiement de la politique RSE dans l’ensemble du Groupe. 

Bien sûr, c’est sans compter l’ensemble des 202 000 collaborateurs de la Banque que nous encourageons à agir au quotidien pour faire progresser ces enjeux ! 

Les personnes qui ont créé avec moi cette organisation et sa dynamique ont vécu la progression de la prise de conscience au sein de l’entreprise de notre responsabilité élargie sur les enjeux environnementaux et sociétaux. Tous experts reconnus dans leurs domaines de spécialité, l’ensemble de l’équipe est à présent une référence dans l’entreprise.  

 

3 / Quels ont été, sur ces dix ans, les points d’étapes et/ou d’accélération de la place de la RSE dans l’entreprise ?

Toute l’équipe a vécu de l’intérieur l’évolution d’un sujet qui est passé, en dix ans, d’un “nice to have” à une impérieuse nécessité de prise en compte des attentes de la société vis-à-vis des grands acteurs économiques et des banques en particulier.

Avant 2015 et la COP 21, la RSE représentait un champ d’actions volontaires dans lequel le groupe BNP Paribas, libre de dimensionner ses ambitions, s’engageait déjà dans la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux mais aussi par l’adhésion et la prise de conscience en interne : 1res politiques de financement et d’investissement sur les thèmes de la défense et de l’huile de palme (2010), intégration de critères extra-financiers dans la rémunération variable de 5 000 managers de BNP Paribas (2013).. 

Pour la première fois, dans le Plan stratégique 2014-2016, BNP Paribas affirmait sa volonté de se développer en banque responsable. 2015 a ainsi marqué un tournant : support et engagement de la Direction Générale sur les enjeux environnementaux et sociaux, nombreuses discussions au niveau du Comité Exécutif du Groupe et sujet d’échanges entre notre directeur général et nos clients. C’est aussi l’année de création des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations unies. BNP Paribas est, en France, parmi les premières entreprises à avoir mentionné explicitement les ODD dans la définition de sa stratégie RSE

 

2015 marque également notre entrée dans le « Global 100 » de Corporate Knights, l’un des indices les plus reconnus à l’échelle internationale, en matière de développement durable. 

 

Depuis 2017 et la création de la direction de l’Engagement d’Entreprise, les actions et les engagements s’accélèrent et ce, sur tous les domaines… même si cela ne va jamais assez vite au regard de certaines de nos parties prenantes.

Parmi les avancées phares de la Banque, on peut ainsi citer en 2017, l‘atteinte de la neutralité carbone pour notre périmètre opérationnel, ou encore la publication en 2018 de la Charte des Relations Commerciales Responsables, à travers laquelle BNP Paribas démontre sa volonté de travailler avec les entreprises les plus performantes en RSE. Cette même année, notre Groupe a également contribué à créer les Principes pour la Banque Responsable, qui ont été officiellement signés en 2019 aux côtés de 130 autres banques, avec comme ambition d’aligner les stratégies business sur les ODD de l’ONU et sur l’Accord de Paris. 

Plus récemment, la Banque a annoncé les dates de sorties du secteur du charbon, ainsi que son entrée dans le « Collective Commitment to Climate Action » et pris l’engagement de financer la transition écologique des navires marchands à hauteur d’1Md€ d’ici 2025. Elle a également célébré 30 ans de financements des institutions de micro-finance dans 19 pays pour un montant de près de 300M€ à fin 2019.

BNP Paribas a d’ailleurs été désignée en juillet dernier « The World’s Best Bank for Corporate Responsibility” par Euromoney, publication de référence en matière de finance internationale et distinguée comme meilleure banque du monde en terme de responsabilité ESG (environnement, social, gouvernance) par Capital Finance International (CFI.co).

En conclusion, avec le recul, la difficulté principale sur ces 10 ans a été de déployer une stratégie RSE dans 72 pays, au sein d’entités ayant des priorités et des enjeux parfois contradictoires. C’est là où l’alignement sur les Objectifs de Développement Durable se révèle puissant de par son universalité. 

En finançant tous les secteurs d’activité, la Banque est l’un des rares acteurs économiques qui a le privilège de contribuer à l’ensemble de ces 17 objectifs. Le Groupe a d’ailleurs décidé de les introduire dans les indicateurs de performance de sa RSE. C’est un dispositif innovant qui reflète l’engagement fort de la Banque en faveur des ODD, reconnu par l’ONU comme une pratique exemplaire. A fin 2018, 168 milliards d’euros de financements étaient alloués par BNP Paribas aux secteurs considérés comme contribuant directement aux ODD et l’objectif est d’augmenter ce montant de 10 Mds par an.

 

4/ Sur cette décennie, quelle évolution majeure retenez-vous dans l’exercice de votre métier ?

Je dirai que c’est la diversification des parties prenantes qui nous challengent au quotidien. Cette donne et sa récente accélération n’est pas propre au secteur bancaire.

Longtemps interpellées par les seules ONG et organisations syndicales, les grandes entreprises et les directions RSE l’ont été ensuite par leurs investisseurs de long terme, comme les fonds de pensions et compagnies d’assurance, tout particulièrement sur les risques sociaux et climatiques.

Puis les demandes sont venues de clients dans tous les segments, business to business mais aussi grand public : entreprises, banque privée et de détail. 

Les collaborateurs sont aussi aujourd’hui en demande et peuvent même être proactifs. Au sein de notre Groupe, la décision en 2017 de mettre fin aux activités de financement et d’investissement relatives aux entreprises du tabac, a par exemple été initiée et portée par des collaborateurs.

Plus récemment encore, je citerai les étudiants et la jeune génération qui multiplient les actions, comme le challenge sur des sujets sociétaux et environnementaux (plus de 30 000 signataires du Manifeste Étudiant pour un réveil écologique). Enfin la RSE étant désormais un sujet majeur et stratégique, elle devient davantage réglementée avec, par exemple, la loi sur le devoir de vigilance des multinationales en France, le Modern Slavery Act  (UK) ou bien encore les travaux de la Commission européenne sur la taxonomie qui vise à définir les activités contribuant à la transition énergétique. 

C’est finalement une bonne nouvelle pour toutes les directions RSE, qui peuvent collaborer avec des interlocuteurs de plus en plus experts, crédibles, représentatifs et proches de nos métiers.

 

Un mot sur EcoVadis en conclusion ?

Nous avons demandé à être évalués par EcoVadis pour la première fois en 2010. 

L’évaluation EcoVadis nous permet en effet de mesurer notre performance en tant que fournisseur responsable dans des domaines comme l’environnement, les achats, les conditions de travail et les droits humains, ou encore l’éthique des affaires.

A nos yeux, cette évaluation est d’autant plus pertinente qu’elle aborde des thèmes matériels pour nos clients et prospects, dans la mesure où EcoVadis façonne le questionnaire en accord avec leurs attentes. 

Certaines de nos filiales ou métiers bien spécifiques disposent de leur propre référentiel d’évaluation EcoVadis, comme par exemple Arval, notre filiale de location de véhicules longue durée, ou encore BNP Paribas Real Estate, notre filiale immobilière. Arval a ainsi obtenu en 2019 un score de 70/100, ce qui lui a valu un niveau de reconnaissance « Gold ». 

Pour BNP Paribas, la plateforme EcoVadis est une interface précieuse avec ses clients et prospects. Ceux-ci ont accès aux résultats du Groupe et de ses entités, à ses scores mais également à un compte-rendu détaillé de sa performance dans les différents thèmes. A ce jour, une soixantaine de clients et prospects sont abonnés au profil EcoVadis du Groupe.

L’interface permet de centraliser un certain nombre d’informations utiles aux clients dans le cadre d’appels d’offres. Elle permet ainsi un gain de temps significatif à nos équipes RSE et commerciales à travers les métiers. Il s’agit enfin d’un important vecteur de business dans la mesure où l’implication continue de BNP Paribas dans son évaluation annuelle lui permet de se démarquer en tant que fournisseur responsable, engagé dans une démarche profonde et structurée de Responsabilité Sociale et Environnementale. 

Votre récente levée de fonds pour accélérer le développement de la plateforme à l’international est une excellente nouvelle : nos appels d’offres sont internationaux et nos prospects majeurs sont hors de France. EcoVadis demeure ainsi un acteur indépendant spécialisé dans la notation des entreprises et français !

 

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