La pollution de l’air, ce “tueur invisible”

June 5, 2019 Veronique Seel

 

pollution de l'air

 

MISE à jour juin 2019 :

Le thème de cette année de la Journée mondiale de l’environnement est « La pollution de l’air ». Choisi par la Chine en tant qu’hôte des célébrations pour 2019, ce problème mondial majeur avait fait l’objet d’un article.

Cette année, le discours d’ouverture de la session annuelle de l’assemblée nationale du peuple donnait la priorité à l’emploi. Le ralentissement économique met à rude épreuve le modèle chinois de gestion environnementale du haut vers le bas. Face aux fermetures parfois brutales de sites durant les grandes campagnes de vérifications (2016 et 2018), le ministre chinois de l’Ecologie et de l’Environnement a promis de “combattre une application sans discernement des mesures de protection de l’environnement… Et nous nous opposerons également à tout relâchement dans la mise en oeuvre des règlements”

 

Le risque d’une rupture d’approvisionnement à cause de la pollution de l’air devient une réalité dans les usines chinoises. Le “China Air 2016 Report” de l’organisation Cleanair rapporte que sur la seule année 2015, 1,77 million d’entreprises ont été inspectées, 191 000 fermées définitivement et 34 000 fermées temporairement  pour avoir dépassé les limites d’émissions. 89 000 entreprises se sont vues devoir procéder à des améliorations environnementales significatives sous un délai déterminé. Une autre source (Asia Inspection) estime à 40% des entreprises chinoises impactées. Pour certaines usines, les délais de livraison ont doublé. Fait marquant, les entreprises chinoises touchées sont plutôt des fournisseurs de niveau 2 et de niveau 3 de grandes marques internationales.

La Chine paie aujourd’hui le prix d’un développement économique conquis sans mesures de protection environnementale. Pour le pays et ses habitants, l’addition écologique et sanitaire est lourde. Le Nord-Est du pays, où se trouvent la capitale et les installations industrielles les plus anciennes et les plus polluantes, sont régulièrement asphyxiées par des nuages de pollution toxique aux particules fines (PM2.5).

 

L’Inde et la Chine sont les pays les plus atteints par la pollution de l’air, qualifié de “tueur invisible” par l’OMS.

 

La pollution de l’air est la quatrième cause de mortalité dans le monde, juste après l’usage du tabac. 64% des décès prématurés estimés dûs à la pollution de l’air sont concentrés sur l’Asie dans ces deux pays tout particulièrement. Chaque jour, 1 800 indiens et 2 700 chinois décèdent contre 640 européens et 250 américains (OMS données 2013). La qualité de l’air fait partie de l’index de performance environnementale (IPE) développé par Yale, qui édite chaque année une série de cartes. Une nouvelle application cartographique mondiale développée pour l’OMS “Global ambient air pollution” permet aussi d’accéder à des résultats récents.  

 

Pour remédier à cette crise environnementale sans précédent qui fait réagir la société civile (entre 200 et 500 manifestations par jour selon Chloé Froissart, directrice du Centre franco-chinois de l’Université Tsinghua (Pékin)), les efforts des autorités chinoises depuis 2013 ne se démentent pas. Avec des conséquences sur l’appareil industriel.

 

2013

Clean air act. Parmi les 10 mesures annoncées dans le but d’assainir l’air du pays, un objectif de 30% de réduction des émissions des industries fortement polluantes est fixé à fin 2017.

 

2015

L’adoption de la nouvelle loi sur la protection de l’environnement a accéléré les inspections des usines et des centrales électriques pour s’assurer que des milliers d’entreprises ne violent pas les lois sur les émissions. Les amendes contre les entreprises polluantes sont augmentées et le monitoring amélioré. Avec 1500 stations dans plus de 900 villes, la Chine dispose du monitoring de la qualité de l’air en temps réel le plus important au monde (1000 stations pour toute l’union européenne et 700 pour les Etats Unis). La loi de janvier 2015 appelle aussi les citoyens à participer au contrôle des entreprises polluantes et encourage les ONG à initier des procès d’intérêt public, l’environnement étant le sujet où les intérêts du gouvernement et des populations convergent.

 

2017

Le nouvel objectif annoncé lors du dernier congrès du Parti communiste, est de réduire la concentration de particules fines et dangereuses (PM2.5) de 47 microgrammes par mètre cube en 2016 à 35 microgrammes pour 2035. Si cet objectif reste en toute logique inférieur aux valeurs recommandées par l’OMS (10 microgrammes/m3 en moyenne annuelle), il est très ambitieux. Pour plus d’efficacité, si le monitoring des émissions des entreprises reste sous la responsabilité de “l’environmental bureau”, le suivi sera à présent pris en charge par les services fiscaux. Ce sont des entités puissantes soutenues par des lois rigoureuses qui, lorsqu’elles sont violées, font généralement l’objet d’une application locale agressive. De nouveaux sites chinois devraient en toute logique être impactés.

 

 

Mettre en perspective les résultats obtenus par la Chine

En moins de 20 ans, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale (PIB) et sera bientôt la première.  Pour palier à cette croissance effrénée, force est de constater que les mesures environnementales dirigistes du gouvernement chinois sont efficaces. Elles couvrent tous les domaines (mobilité et véhicules électriques, substitution du charbon par le gaz naturel, transformation du parc industriel, investissements massifs ENR…). Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, décrit “Comment la Chine se prépare à l’après-charbon”. Le nouveau modèle de développement chinois, appelé le «nouveau normal» s’appuie moins sur les industries lourdes et l’exportation et davantage sur l’industrie légère, les services et la satisfaction de la demande intérieure. Les émissions de CO2 totales chinoises devraient connaître leur pic maximal cette année.

 

Contrairement à l’Inde, la qualité de l’air en Chine suite au pic de 2011 ne cesse de s’améliorer.

 

2015 était même la première année selon le rapport de Greenpeace India où les citoyens indiens étaient plus exposés à la pollution de l’air que les citoyens chinois. Les courbes des taux de particules fines (PM2.5) viennent de s’inverser. Dans sa toute dernière étude alarmante sur l’air en Inde, l’association engage le gouvernement indien à procéder aussi à des fermeture d’usines dans son panel de mesures court terme…

 

Connaître et suivre en détail les performances environnementales de ses fournisseurs en Chine et en Inde est donc plus que jamais d’actualité ! 

Stéphanie Jacquin -EcoVadis Senior CSR Analyst & Team Leader- et Ying Luo -EcoVadis Operations Manager- témoignent « La population chinoise, se montrant de plus en plus sensible aux problèmes environnementaux, met la pression sur son gouvernement pour non seulement prendre des actions punitives à l’encontre des entreprises coupables de pollution mais aussi pour rendre public les informations concernant ces entreprises « fautives ». La Chine, prise entre son développement économique accéléré et la construction d’une image de pays “responsable”, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Nous ne pouvons qu’espérer que les pays asiatiques sauront transformer leurs défis environnementaux en opportunités pour contribuer globalement à un environnement rendu davantage soutenable. »

 

Concrètement, comment anticiper le risque de rupture d’approvisionnement ?

 

L’impact des entreprises sous évaluation EcoVadis sur la qualité de l’air est suivie de manière précise sur le référentiel.

 

EcoVadis évalue pour le compte de ses clients la performance environnementale des fournisseurs en se basant sur l’audit de documents soumis par les entreprises mandatées à participer à l’évaluation. La pollution de l’air est incluse dans trois des neuf critères d’évaluation sous la thématique environnement et comprend les émissions de gaz à effet de serre (GES), les émissions de gaz polluants autres que GES (monoxyde de carbone, dioxyde de soufre…), et les émissions de particules fines. Chaque entreprise évaluée est ainsi tenue de fournir, sous forme de documentation formelle, des preuves de politiques environnementales établies, de mesures implémentées et de suivi en reporting chiffré. En 2016, près de 18% des entreprises chinoises évaluées par EcoVadis (sur un total de 1641 entreprises chinoises ayant plus de 25 employés) ont obtenu une note globale de moins de 24 sur 100, démontrant ainsi une absence totale d’engagement en matière de Responsabilité Sociale et un désintérêt vis à vis de la protection de l’environnement. Ces fournisseurs sont ceux qui présentent le plus fort risque d’être obligés à fermer de manière temporaire, à tout moment et sans aucun préavis.

 

Connaître les performances environnementales de ses fournisseurs de rang 1 n’est pas suffisant. Même si vos fournisseurs chinois de niveau 1 sont 100% conformes aux normes environnementales, ils dépendent à leur tour de fournisseurs de composants, matières premières, et autres sous-traitants. Pour les entreprises qui s’approvisionnent en Chine, seule la profondeur d’investigation (fournisseurs de rang 2 et +) permet d’obtenir de la visibilité sur tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement.

 

***

Merci à Sunil Dahiya, Senior Campaigner, Climate & Energy Greenpeace India pour la mise à disposition des études :

  • « Clean air Action plan, the way forward » / février 2016 / Greenpeace India
  • « Airpocalypse: Assessment of air Pollution in Indian Cities » / janvier 2017 / Greenpeace India

 

Carte qualité de l’air 2016 : Yale Center for Environmental Law and Policy – YCELP – Yale University, Yale Data-Driven Environmental Solutions Group – Yale University, Center for International Earth Science Information Network – CIESIN – Columbia University, and World Economic Forum – WEF. 2016 EPI

 

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