Poser comme condition à toute collaboration une évaluation RSE : Point de vue fournisseur

October 20, 2022 Veronique Seel

Interview du dirigeant d’une PME du secteur chimie et cosmétique, Altus Coating : “L‘idée est bien de se rejoindre avec des valeurs communes”.

Face aux défis environnementaux, sociaux et à l'urgence climatique qui se traduisent progressivement dans la montée en puissance du devoir légal de vigilance, mais aussi la révolution européenne et mondiale dans le domaine du reporting RSE, de plus en plus de donneurs d’ordre posent l’évaluation RSE de leurs fournisseurs comme condition préalable à toute collaboration.

Très souvent, le déclaratif ne suffit plus. Les équipes Achats demandent à leurs fournisseurs de partager des données fiables, intelligibles et idéalement comparables sur leurs performances sociales et environnementales, mais aussi leurs pratiques éthiques et achats. 

Conséquence : de plus en plus d’entreprises de toutes tailles sont invitées sur la plateforme EcoVadis pour être évaluées sur la base de preuves.

Mais comment cette invitation est-elle reçue par le fournisseur ?

Interview du dirigeant d’une PME industrielle de 15 personnes en région Bourgogne Franche-Comté : Eric Pertus

 

1) Que pensez-vous de la pratique de plus en plus fréquente qui consiste à poser comme préalable à toute collaboration, une évaluation RSE ?

Nous sommes clairement dans une démarche continue de progrès partagée avec nos parties prenantes depuis quinze ans. L‘idée est bien de se rejoindre avec des valeurs communes. Ceci offre un niveau de confiance élevé et fiabilise de fait la relation, clé de transformation de celle-ci en véritable partenariat. 

Cette évaluation annuelle valide, fluidifie et simplifie la relation avec les grands donneurs d’ordre. Elle renforce ainsi la qualité des partenariats dans un esprit de justesse économique pour toute la chaîne de valeur. Elle nous permet de collaborer en transparence avec nos clients et de faire, par exemple, en matière d’achats de matières premières, le choix préférentiel de la proximité.

L’évaluation RSE EcoVadis renforce la traçabilité, permet de lever les points d’achoppement plus facilement et favorise la rapidité de traitement pour améliorer les process et mieux répondre aux attentes de nos parties prenantes.

La trajectoire qui est la nôtre en matière de démarche permanente de progrès  depuis notre création s’enrichit année après année et nous constatons que nos clients apprécient reporting et fiabilité des données pour répondre à leurs exigences. Ces échanges sont facilités sur la plateforme EcoVadis (partage de notre fiche d’évaluation, action corrective…)

 

2) Altus Coating s’est placée dès sa première évaluation parmi les 25% des entreprises les plus performantes tous secteurs confondus. 3 évaluations plus tard, la PME fait partie du 1% ! Comment expliquez-vous cette performance ?

Les fondamentaux existaient dès notre création en 2007 ! A la fois dans le choix de notre technologie favorable à la réduction des COV et du CO2 et dans notre exigence de responsabilité au sens large. Parce que nous savons combien la nature est chimie, combien l’être humain est chimie et que c’est notre rôle que d’aller vers une chimie plus vertueuse, avec moins d’impact (émettre moins de rejets, de déchets, émettre moins de COV, consommer moins d’énergie, permettre le recyclage, etc.). C’est une fierté pour les équipes d’avoir successivement obtenu la médaille Ecovadis d’argent 2019, la médaille Or 2020 et la médaille Platine en 2021. 

La RSE est le fruit d’une démarche collective. 

Dans un marché concurrentiel exigeant, complexe et innovant, nous devons insuffler de nouvelles manières de faire et opérer des changements de conscience. Notre rôle de CEO est d’impulser une démarche systémique, d’avoir des convictions et de convaincre nos collaborateurs. Et celui de nos collaborateurs est d’être pleinement investis et de croire à l’impact positif pour la société et pour chacun d’eux. Chez Altus Coating, ils ont cette sensibilité, pratiquent le tri et la gestion des déchets, économisent l’énergie. Nous devons sensibiliser et former beaucoup en interne pour que les automatismes s’ancrent et que les éventuels correctifs nécessaires soient apportés par les collaborateurs. 

Il faut aussi pour cela mettre en place un système qualité robuste, bien le structurer et le documenter pour mesurer et corriger en temps quasi réel. Notre cahier des charges est excessivement rigoureux. Nous avons par exemple mis en place des suivis quotidiens et des notations de nos partenaires. Un incident, une non-conformité, sont systématiquement répertoriés et analysés avec eux. Puis une recherche de solutions et d’actions correctives sont mises en place. 

Il existe aussi un fort rapport au temps : je conseille de démarrer vite, car une démarche RSE prend du temps pour s’ancrer pleinement dans les valeurs de l’entreprise. Ne rien négliger, aucun petit geste, qui s’additionnent les uns aux autres pour former les bonnes pratiques RSE, ensuite mesurables.

Il faut aussi comprendre que l’investissement financier ciblé vers cette démarche n’est pas neutre dans la gestion d’une petite ou moyenne entreprise. Il oblige à une gestion financière des plus pointues de manière à pouvoir financer dans la durée, par exemple l’accompagnement et l’encadrement de nos collaborateurs, les dispositifs d’extraction et de suivi des émanations et toutes les autres actions mises en place au quotidien comme le sourcing, le choix de fournisseurs, etc. C’est ce choix stratégique d’investissement dans la durée consacré à la RSE qui doit être souligné.

 

3/ Progresser en RSE jusqu’à “embarquer” vos clients et vos fournisseurs, c’est une direction que vous auriez envie de prendre ?

Bien sûr !  Mais cela peut prendre du temps, même si nos clients sont de plus en plus nombreux depuis 2020 à s’être engagés également dans cette démarche. 

Mais tout dépend de leur taille et de leur volonté. La RSE est LE sujet dont tout le monde parle, encore faut-il se donner les moyens de passer du discours à l’engagement réel et faire que la RSE infuse dans toutes les strates de décision et d’action, au-delà de la seule déclaration d’intention. Le principal écueil étant souvent d’ordre économique.

Nous formulons le même besoin d’évaluation RSE à nos partenaires. Nous suivons avec attention chez nos principaux fournisseurs les mêmes critères sociaux et environnementaux que ceux que l’on respecte. C’est un cercle vertueux qui se met en place pour là aussi développer des relations saines et de confiance dans toute la chaîne de valeur à laquelle nous appartenons. 

 

4/ Quel conseil donneriez-vous à un(e) autre dirigeant(e) français(e) invité(e) à s’évaluer sur la plateforme EcoVadis ?

En tant que CEO, je ne vois que des avantages à le faire. 

Le simple fait que ce soit un client grand compte à l’international qui nous ait incité à l’origine en 2019 à nous faire évaluer par EcoVadis prouve, si besoin était, l’intérêt pour une PME française comme Altus Coating de se faire évaluer ! 

C’est un exercice de rigueur et d’ouverture d’esprit qui demande de bien maîtriser les outils et les compétences pour arriver à ses fins et exige une implication totale du CEO et de toute l’équipe. Cela permet de forger des relations plus élaborées avec nos parties prenantes, d’établir un climat de confiance plus marqué.  Plus d'échanges, c’est plus de confiance. On se reconnaît au travers du respect de ces exigences. On va progresser ensemble. 

L’évaluation de la RSE pousse à l’innovation, la nourrit.  Elle permet de répondre par anticipation à de nouvelles opportunités réglementaires qui vont aller en s’accentuant. Nos valeurs tracent le chemin de l’innovation.

 

Un grand Merci à Eric Pertus pour cet entretien.

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A propos de Altus Coating :

Entreprise industrielle familiale et indépendante, créée en 2007 en Bourgogne-Franche Comté par Lucien et Eric Pertus, Altus Coating, labellisée « Jeune Entreprise Innovante » en 2010, a - dès son origine - résolument choisi de se placer dans une démarche agile d’innovation et de coopération avec ses clients industriels et les principaux donneurs d’ordre de l’univers de la cosmétique. 

C’est dans cette optique que Altus Coating crée ses vernis qui offrent des réponses ciblées en adéquation avec un cahier des charges et des solutions environnementales. La complexité de chaque problème technique est gérée par une équipe pluridisciplinaire de son laboratoire R&D. 

L’équipe compte à ce jour 15 personnes, enrichie d’un écosystème performant, et enregistre une progression constante de son chiffre d’affaires de l’ordre de 15% par an, s’établissant à 5,1M€ pour le dernier exercice. Elle vient tout juste d’être lauréate du Prix 2022 Luxe Pack Green dans la catégorie “Corporate Social Responsibility approach” à Monaco.

A propos de l'auteur

Veronique Seel

Véronique Seel has been creating French content (data/studies/analysis and interviews) for EcoVadis since 2017. A graduate of the Conservatoire National des Arts et Métiers (Paris) in Engineering and B2B Marketing, Véronique progressively specialized in CSR and sustainability during her time as consultant for Vigeo Eiris, then helped BNP Paribas Cardif to create a Sustainable Development department, followed by three years contributing to cleantech and mobility projects in the European Atlantic Area. Véronique Seel is a partner of the Coapi cooperative based in La Rochelle, France.

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